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Le
phénomène des technopoles
interview avec Philippe Mariani

La
première technopole en Europe, Sophia Antipolis, a fêté
ses 40 ans en 2009.
Philippe Mariani
est aujourd’hui Directeur Géneral de la Genesis Investment
Company, une société d’investissement, filiale de
la plus grande banque islamique d’investissement (La Kuwait Finance
House) située a Bahreïn, dans le Golfe Persique. Il est en
charge de créer une technopole pour le pays. Expert reconnu en
matière de développements et stratégie des technopoles,
il a aussi été Directeur délégué a
la Fondation Sophia Antipolis en France.
Artezia est allé le rencontrer pour lui demander de nous faire
découvrir ce que l’on appelle "Le phénomène
des technopoles".
Technopole,
un bien drôle de nom, n’est ce pas ?
Philippe
Mariani : Un drôle de nom, oui mais un nom porteur de significations
et dont on n’a pas fini d’entendre parler au cours des prochaines
années…
Ce n’est pas un nouveau concept mais un outil de développement
unique au monde qui a l’étonnante particularité d’être
un vecteur unique porteur de richesses et d’innovation. En Europe,
c’est vers la fin des années soixante que le concept de technopole
prend forme à travers le discours d’un scientifique, Pierre
Laffitte alors directeur de l’Ecole des Mines de Paris et actuellement
Président de la Fondation Sophia Antipolis. Il souhaitait "construire
l’avenir à partir du capital humain" en développant
des synergies entre le monde industriel et celui de la formation et de
la recherche.
Le
concept de technopole est le fruit d’un long cheminement ?
Philippe
Mariani : Dans les années soixante, Pierre Laffitte travaille au
sein du quartier latin à Paris, lieu de foisonnement intellectuel
ou étudiants, artistes, intellectuels se rencontraient et échangeaient
des idées dans des cafés ou campus. Il trouve qu’une
telle mise en commun des ressources exerce une influence positive sur
la motivation et peux mener à des échanges humains et intellectuels
forts.
Les activités
de Pierre Laffitte dans les domaines de la formation, de la recherche
et de l’industrie l’amènent à vouloir lier ces
trois pôles dans l’intention de favoriser l’innovation
et la valorisation de la recherche.
Ses observations le conduisent à des réflexions sur l’aménagement
du territoire et ses répercussions en matière d’innovation
et de création. En effet, il souhaite délocaliser certains
laboratoires de recherche de l’Ecole des Mines dans une zone scientifique
à créer , certains professeurs et cadres administratifs
voyaient là le signe d’une émulation avec Ferdinand
Lop, fantaisiste connu du Quartier latin, qui voulait prolonger le Boulevard
Saint Michel jusqu’à la mer…
Comment passe ton d’une idée a une réalité
?
Philippe
Mariani : Il faut une vision, de la ténacité et de l’audace
!
A Bahreïn, nous avons commence il y a maintenant 4 ans, et j’avoue
que les premières années ont été difficiles
car malgré un besoin évident de diversifier l’économie
du pays,la bulle spéculative liée a l’immobilier ne
laissait que peu de champ a la compréhension du phénomène
technopole, il est nécessaire de faire en sorte que la vision soit
partagée et non imposée…
En France, on ne parlait
pas alors de technopole et le terme de Silicon Valley n’existait
pas.
L’idée révolutionnaire pour l’époque,
consistait donc, à créer une dynamique nouvelle à
partir d’une fertilisation croisée des compétences
en un lieu à bâtir "ex nihilo". Cependant, l’idée
ne fit pas grand bruit. Elle était certes, particulièrement
innovante en terme d’aménagement du territoire, d’autant
qu’à cette date la Côte d’Azur vivait quasi exclusivement
du tourisme, mais elle paraissait irréaliste, trop
"utopique".
Que ce passa t il ?
Philippe
Mariani : Il a fallu la persévérance d’un homme et
de son réseau qui a réussi a faire partager sa passion aux
forces vives de la Nation et aboutir a la naissance de la première
technopole en Europe 20 ans plus tard !
Parlez nous donc de cette "fameuse" technopole : Sophia Antipolis
!
Philippe
Mariani : Géographiquement située au carrefour de l'Europe
et de la Méditerranée, la technopole de Sophia Antipolis
a voulue, dès l'origine, se situer au carrefour de la technologie,
de l'art, de l’entreprise et de l’éthique.
Un exemple : des l’avènement de l’Internet, j’ai
en tant que Directeur délégué souhaité provoquer
échanges et débats en organisant les "Premières
Rencontres Culture et Nouvelles Technologies" qui se sont déroulées
à Marseille en 1999, de nombreux autres exemples existent.
Que
représente Sophia Antipolis aujourd’hui ?
Philippe
Mariani : Aujourd’hui, Sophia Antipolis est considéré
comme le symbole de la rencontre entre l’esprit d’innovation
et d’entreprise lié à une forme de convivialité,
un lieu où la croissance économique respecte la nature et
la qualité de vie, un lieu où la technologie et l’écologie
sont le symbole d’un développement durable.
Aujourd’hui, il est possible d’établir un constat sans
équivoque : Sophia Antipolis bénéficie d'une image
de marque internationale. La technopole a développé au cours
des années, une véritable dynamique centrée sur l'innovation
et la création. La technopole est devenue un territoire d’accueil,
producteur de connaissances, considéré au niveau mondial
comme une référence.
Sophia Antipolis constitue ainsi, l’un des centres d’excellence
les plus performants en France et en Europe. Position confirmée
par la décision gouvernementale de valider Sophia Antipolis en
tant que "Pole de compétitivité"

Des
Chiffres ?
Philippe
Mariani : Avec un solde d’emplois annuels positifs depuis plus de
35 ans, la technopole attire chaque année de nouvelles entreprises,
françaises et étrangères, tout en se dotant d’une
image internationale forte.
Aujourd’hui, Sophia Antipolis représente environ 1250 raisons
sociales, 25 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects, environ
68 nationalités y sont représentées sur 2300 hectares.
Quels sont Les éléments constitutifs des technopoles ?
Philippe
Mariani : les principaux facteurs constitutifs et déterminants
d’une technopole peuvent se résumer ainsi :
- Une présence forte d’établissements de recherche
et universitaires,
- Un tissu industriel (PME, entreprises a forte valeur ajoutée..)
- Une capacité d’investissement (Fonds Capital Risque, Private
Equity...)
- Une implication gouvernementale locale et nationale
- Une intelligence économique basée sur le réseautage.
- Une infrastructure, notamment de transport,
- Un aménagement adapté
- Une structure d’animation
- Une communication adaptée
On parle beaucoup de fertilisation croisée, qu’est ce donc
?
Philippe
Mariani : La fertilisation croisée est un concept élaboré
il y a plus de trente ans, par Pierre Laffitte. Ce concept consiste à
miser sur le capital humain et créer une dynamique fondée
sur l’interaction des connaissances et des individus. La mise en
œuvre du concept est aujourd’hui encore au cœur de la
stratégie de nombreuses technopoles. A Sophia Antipolis, le concept
est encore aujourd’hui, après plus de trente cinq ans d’existence,
au cœur de la technopole et en constitue un des fondements.
Il n’y a pas eu de changements en 40 ans ?
Philippe
Mariani : L’un des enjeux les plus marquants dans le développement
et l’application du concept de fertilisation croisée est
le processus innovateur représenté par la synergie entre
des secteurs industriels et des services dont le champ d’action
est le même et qui sont rassemblés dans ce que l’on
appelle des "grappes" qui peuvent être d’ordre culturelles,
économiques ou encore scientifiques. Aujourd’hui on a tendance
a définir ces enjeux sous le terme de "Clusters" - c'est-à-dire
un système fortement inter dépendant de plusieurs secteurs
dans lequel s’instaure un mécanisme très efficace.
Que sont ces clusters ?
Philippe
Mariani : c’est le même principe : au sein d’un espace
territorial déterminé, des relations d'échanges entre
certaines entreprises, échanges d'expériences et de savoir-faire,
coopérations techniques, économiques, culturelles, relations
de sous-traitance ou d'ordre financier.
Ces échanges aboutissent, après quelques années,
à l'installation successive d'un réseau étroit et
concurrentiel, que l’on nomme aujourd’hui : le clustering.
Le clustering, est
un mode d'organisation du système productif qui se caractérise
par l'établissement, à l'initiative des entreprises et avec
la participation éventuelle d'institutions universitaires ou de
centres de la recherche, d'un cadre de coopération portant sur
des activités liées ainsi que par la promotion d'une vision
commune de développement.
Ces réflexions
ont été menées par Michael Porter, qui procura sa
notoriété au nom cluster en décrivant son fonctionnement
dans un diagramme prenant la forme d’un losange et nommé
"le Diamant".
Existe-t-il
un modèle unique de technopole ?
Philippe
Mariani : Il n’y a pas un modèle unique de technopole. Chaque
technopole est différente et s’intègre plus ou moins
dans un eco système local ou régional a vocation internationale
ou non. A Bahreïn, nous sommes dans un parallèle intéressant
avec sophia antipolis, en ce sens que de nombreux paramètres sont
similaires et pourtant que de différences ! Nous nous appliquons
à développer un eco système d’innovation propre
au pays et ouvert à l’international.

Que
faites vous a Bahreïn ?
Philippe Mariani : Le Gouvernement de Bahreïn souhaite diversifier
son économie et fonder une société de la connaissance.
Les enjeux sont nombreux et passionnants.
Nous avons défini des priorités, en particulier d’identifier
et de développer un cluster eau et mer, nous avons crée
et développé un Master plan avec un des cabinets architecturaux
les plus reconnus en la matière : SOM de Chicago et conclus des
alliances stratégiques avec de nombreuses universités et
technopoles. La région du Golfe est une riche en Histoire des Sciences
et elle aspire a un renouveau, j’espère y contribuer.

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artezia ©
M.M.
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