|
<
accueil
"Le
Monde des Corps"
du
Pr Gunther Von Hagens
Un
peu d'histoire...
De l'Antiquité au Moyen Age, les dissections étaient prohibées
en raison des croyances religieuses.
A cette époque le corps et l'âme ne faisait qu'un et ouvrir
un cadavre revenait à profaner le réceptacle de l'âme.
La science progresse mais les mentalités et les croyances évoluent
peu.
Si les dépouilles humaines furent de tout temps conservées, plus ou moins
longuement, la volonté de préparer les cadavres à des fins didactiques
est relativement récente. Certes, les écrits d'Hippocrate et d'Aristote,
quatre siècles avant l'ère chrétienne, montrent que la dissection d'animaux
est une pratique privilégiée pour acquérir des connaissances anatomiques.
Mais le corps humain reste inviolable.
Dès le 15ème siècle, les connaissances en matière
d'anatomie s'affinent mais restent clandestines.
Bien que la dissection soit toujours prohibée, les médecins
obtiennent de pouvoir utiliser les cadavres de suppluciés ou de
condamnés afin d'améliorer leurs connaissances du corps
humain.
Ils n'étaient pas rare à l'époque qu'à la
tombée de la nuit, les apprentis médecins substilisent des
corps dans les fosses communes ou les morgues pour appronfondir leur études
du corps humain. Ces premières anatomistes travaillaient dans le
plus grand secret, le plus souvent dans des caves faiblement éclairées.
Les première planches anatomique voient le jour, mais il faudra
attendre la Renaissance pour que l'esprit scientifique, encore balbutiant,
rende acceptable l'idée de préparer des corps humains et pour que André
Vésale, médecin Belge, ouvre les portes de cette nouvelle
Science.
Les plastinations de von Hagens s'inscrivent dans la filiation directe
des travaux de la Renaissance qui mêlent alors art et science.
Autorisées, les dissections permettent une progression considérable
des connaissances anatomiques.
En 1993, un homme fait don de son corps à la science, il est découpé
en 1 800 lamelles d'à peine 1 millimètre d'épaisseur,
qui ont été photographiées et enregistrées
dans un ordinateur. Résultat : un homme en trois dimension "l'homme
transparent", qui permet de voir l'anatomie humaine comme on ne l'avait
encore jamais vue auparavant.
Quand
le morbide devient Art...
Cela
fait de nombreuses décennie que la mort est source d'inspiration
pour les artistes.
Damien Hirst s'inscrit dans cette tendance très en vogue en nous
montrant des animaux morts conservés dans différents matériaux.
L'une de ses oeuvres les plus connus est sans aucun doute une vache coupée
en deux, avec un veau dans son ventre, conservé dans un bloc de
résine translucide, le tout exposé sous l'oeil avertis du
spectateur. Une autre, tout aussi percutante, est composée de papillons
englués vivants dans des taches de peinture.
Dans le même registre, citons notamment la photographe Diana Michener
qui commença par photographier des vaches dans les abattoirs londoniens
avant de s'attaquer aux corps humains dans les morgues et de réaliser
des clichets de nouveaux-nés mort conservés dans du formol.
Toujours plus loin dans l'horreur, le Dr Gunther Von Hagens expose des
corps humains conservés intactes grâce à un procédé
de plastination qu'il a lui même mis au point.
Inodores, plus de deux cent cadavres que l'anatomiste allemand a ouvert,
tronçonnés et conservés attendent le regard du public....regard
qui se veut à la fois choqué, curieux, dégouté
mais regard qui va au bout de l'exposition quoiqu'il arrive...
Le
Professeur Gunther Von Hagens
Né en 1945 dans une petite ville de Thuringe, en Allemagne de l'Est, Gunther
von Hagens fut durant sa jeunesse un militant zélé du Parti socialiste
unifié. L'entrée des chars soviétiques à Prague en août 1968 lui fait
virer sa cuti. Il tente de passer à l'Ouest, mais échoue. Après deux ans
dans les prisons du régime communiste, il est racheté avec un lot d'autres
dissidents, en 1970, par la République fédérale. Il entreprend alors des
études de médecine à l'université de Heidelberg.
Son diplôme en poche, il décide de se spécialiser en anatomie et met au
point, en 1974, un procédé qu'il baptise " plastination ".
Il s'agit de retirer sous vide l'eau et la graisse des tissus et de les
remplacer par du caoutchouc au silicone ou de la résine époxy. Les corps
entiers ou les organes gardent ainsi leur plasticité, sont inodores et
se conservent pour l'éternité. Le principe est simple, la réalisation
plus délicate, qui nécessite pour un corps entier plus de 1 000 heures
de travail. Débarrassé de sa peau, celui-ci est littéralement " écorché
mort ".
Il apparaît dans toute sa complexité musculaire, veineuse et artérielle,
ou encore viscérale.
Mais von Hagens va plus loin. " Je refuse de ne présenter que des poupées
mortes ", explique-t-il. Substituant le scalpel au burin, il dédouble
os et masse musculaire, fait jouer les articulations, ouvre les ventres
et recompose des attitudes. Ici, une baigneuse nage le crawl. Là, un homme
fait son jogging pendant qu'un autre joue aux échecs. Une femme enceinte,
le ventre ouvert, laisse entrevoir son foetus. Une fabuleuse statue équestre
est la pièce centrale de l'exposition : tel un spectre, un cavalier, qu'un
gigantesque coup de sabre aurait tranché en deux de la tête au pied, monte
la montagne de muscles et de tendons dénudés d'un puissant destrier et
l'enflamme en lui présentant son cerveau dans sa main droite tendue. C'est
le roi des Aulnes que Goethe faisait chevaucher " à travers la nuit et
le vent ". " Je n'ai ni formation ni ambition artistique, affirme Gunther
von Hagens. Je désire simplement parvenir à une présentation parfaite
destinée à faire comprendre combien nous sommes des êtres fragiles. "
Une intention si bien perçue par nombre de visiteurs que certains acceptent
l'idée de confier leur corps après leur mort à l'Institut de Plastination
de Heidelberg. Gunther von Hagens affirme avoir déjà reçu 121 cadavres
et 4 000 promesses de dons. C'est le pari de ce Pascal du xxie siècle
: entre l'immortalité de l'âme et celle du corps, pourquoi ne pas opter
pour la seconde solution ? " Je ne suis qu'un anatomiste, s'excuse von
Hagens, ce n'est pas à moi de répondre à cette question. "
Pour Günther von Hagens et son épouse, le Dr Angelina Whalley, co-fondateurs
de l'Institut de plastination de Heidelberg, leur démarche qui leur fait
écorcher, couper en rondelles, en lamelles, et finalement mettre en scène
des corps accédant ainsi à l'incongruité d'une renaissance dans la mort,
se situe dans le droit fil de l'histoire de l'anatomie. " La plastination
permet de redonner vie à cette fascinante idée d'une symbiose entre l'art
et l'anatomie. Elle stoppe la décomposition et la dessications si parfaitement
que l'anatomie humaine conserve son esthétique intrinsèque ", justifient
les sculpteurs de cadavres exquis dans une brochure expliquant leur démarche
aux futurs donneurs de leur corps à la plastination.
L'exposition
C'est
aux abattoirs de Bruxelles que se tenait l'exposition " Körperwelten"
que l'on traduit littéralement par "le monde des corps"
(la fascination du réel) de Gunther Von Hagens.
De Tokyo à Bâle en passant par Berlin ou Cologne, l'exposition,
très controversée, a tout de même attiré plus
de 7 millions de visiteurs.
L'exposition "Art Anatomique" du Pr Von Hagens s'inscrit dans
une tradition, la bouscule et en même temps affiche haut et fort
sa modernité de par les procédés techniques mis au
point pour conserver, présenter le corps.
Fort de ce lifting poussé, le corps humain, en nouvelle star, peut
quitter les facultés de médecine, les morgues et autres
lieux qui leur sont dédié, pour s'offrir sous les feux des
projecteurs, au regard ébahi du public. Le corps se révèle,
la mort devient beauté, la mort devient art.
" Tout est Art" affirmait Joesph Beuys, c'est avec cette même
certitude que le Professeur Gunther Von Hagens n'a pas hésité
à créer un nouveau concept dans l'art actuel : l'exposition
de corps humains plastifiés, c'est à dire conservés
dans l'état qu'ils étaient au moment de leur décès.
La
plastination
Cette technique a été mise au point en 1977 par le professeur
Gunther Von Hagens.
La plastination, comparable à la momification ou à l'embaumement
des corps, permet de conserver indéfiniment un cadavre en durcissant
ses tissus par l'imprégnation de substances chimiques appelées
polymères. Cette méthode permet de préserver de toute
dégradation n'importe quel organe, coeur, poumons, intestins, foie
et même des corps entiers.
Secs, imputrescibles, sans odeur et non toxiques, ces corps peuvent être
manipuler sans aucun mesure d'hygiène particulière, ce qui
s'avère très utile pour les faculté de médecine.
La plastination
s'opère en 4 étapes, cela consiste à remplacer l'eau
et la graisse qui composent les tissus de notre corps par du silicone
:
- -
Les corps sont d'abord immergés dans une solution de formol.
Le formol se fixe sur les tissus cutanés.
- -
Ils sont ensuite placés dans des bains glacés (environs
-25°C ) d'acétone pendant, au minimum, 15 jours. Cela permet
la déshydratation complète du corps.
- -
Les corps sont immergés dans le silicone afin que le silicone
prenne la place des liquides et graisses organiques.
- -
On fixe le silicone à l'aide d'un gaz durcisseur
Ce
procédé n'altère ni la forme, ni les couleurs des
os et des tissus. Après environs 500 heures de préparation,
les corps apparaissent secs et propre : "ils doivent être si
beaux et si fascinants que personne ne puisse en être choqué"
Von Hagens.
Ce n'est pourtant pas le cas de ces cadavres pour qu'ils soulevèrent
une enorme polémique.
Depuis l'invention de la plastination, er la création d'un programme
de don en 1985, près de 4000 personnes ont donné leur corps
à l'Institut de plastination dont un tiers avaient donné
leur accord pour l'exposition de leur corps.
La
polémique
De prime abord on comprend mal pourquoi une exposition d'art anatomique
peut soulever un tel scandale dans de nombreux pays.
L ancée
en 1997, cette exposition n'en finit pas d'attirer les foules. Elle triomphe
en Allemagne ( 800 000 visiteurs) au Japon ( 2 milllions et demi de visiteurs)
et établit un record national d'entrée en Autriche.
Malgrè ce succès incontestable, l'exposition soulève
de fortes polémiques.
Dans un pays tel que le Japon, où le corps doit traditionnellement
disparaître pour permettre à l'âme de s'élever,
l'exposition crée un vrai choc culturel et transgresse les tabou
séculaire.
En Allemagne, les Eglises ont essayé d'interdire l'exposition au
nom du respect des morts mais n'ont pas trouvé d'arguments juridiques
suffisants.
La mise en scène des corps donne une autre dimension à cette
exposition que celle de la biologie et de la science.
Un corps vide côtoie les organes interne qui ont été
extraits de son enveloppe. Un autre, rendu transparent, a été
découpée en 83 "tranches serielles". Un autre
encore, dépiauté de haut en bas, porte à bout de
bras le volumineux fardeau de sa peau. Descendant crescendo dans l'horreur,
on côtoie ensuite un autre corps découpé en deux moitiés
longitutinales et offre un panorama interne des organes intitulé
"la nageuse", on rencontre également "le coureur",
un corps dont les muscles ont été repliés ou dégagés,
ce qui lui donne l'allure d'un épouvantail ou encore "le cavalier",
juché sur un cheval lui aussi plastiné et délesté
de son cerveau.
La visite se poursuit et les visiteurs silencieux entrent dans le "cabinet
d'anatomie". C'est ici que sont réunis les "pires oeuvres"
du professeur Von Hagens.
Depuis 1995, date de la première sortie des plastinats, ces corps
exposés attirent toutes les foudres des médias et de l'opinion
publique.
On peut y voir le corps d'une femme allongée et enceinte d'un bébé
de huit mois ; un foetus de six mois posé sur une plaque métallique
à côté de l'utérus ; ainsi que des malformations
diverses et des blessures infligées sur les corps meurtris qui
s'offrent à nous...
Même si l'avis est partagé, la majeure partie des visiteurs
trouvent ces "objets" choquant et sacrilèges.
Les journalistes affirment que cela n'a rien à voir avec l'art.
  
But
de l'exposition
Cette exposition a pour ambition de sensibiliser le spectateur aux
aspects liés à la santé et de lui permettre une meilleure compréhension
du corps, non plus par une anatomie théorique, mais grâce à une présentation
d'anatomie spectaculaire et sensationnelle, un voyage en trois dimension
grandeur nature à l'intérieur du corps humain.
La vulnérabilité et le caractère éphémère de notre existence corporelle
sont mis en lumière par une approche appelée "edu-tainment", mélange d'éducation
("education") et de divertissement ("entertainment"). Ce caractère à la
fois éducatif et divertissant contraste avec la traditionnelle anatomie
didactique.
Dans des postures évocatrices de la vie, les figures plastinées de KÖRPERWELTEN
transmettent l'illusion du vivant, et par là même une anatomie chargée
d'émotions, qui considère l'être humain dans toute son entité.
Expo
ou bête de foire ?
comment expliquer le succès phénoménal de cette exposition en Allemagne
(plus de 700.000 visiteurs) et au Japon (1.000.000 d'entrées en 1996)
?
Pourquoi les Eglises et certains partis conservateurs ont-ils si vivement
condamné cet étalage équivoque de corps ?
Où finit la médecine, où commence la perversité, où se loge l'art ?
Von Hagens et son équipe pourraient être lassés de répéter constamment
les mêmes arguments. Bien au contraire, les qualités sulfureuses de l'affaire
sont patiemment commentées et décryptées. Les médias affectueusement complaisants
nourrissent d'ailleurs la polémique. On parle de camouflet contre la dignité
humaine, d'affront aux valeurs spirituelles du plus grand nombre, de provocation
éthique. Qu'en est-il vraiment ? 
La plastination permet-elle à l'être humain de devenir
"éternel" ?
L'horreur de cette exposition tient t'elle dans l'image ou dans l'objet
contemplé, ou bien réside t'elle dans l'oeil du spectacteur
?
La prise de conscience de son propre corps, n'était-ce pas cela
qui nous effrai le plus dans cette exposition ?
Le corps peut-il être un ready made ? A t'on le droit de priver
un corps de sa pudeur originelle ?
Exposer un corps humain, est-ce éthiquement possible ?
Si la plastination a un but scientifique, pourquoi étendre cette
découverte au domaine de l'art ?
Cela ne va t'il pas répandre des perversion comme le nécrosadisme
ou la nécrophilie ?
"Il faut parfois s'empêcher de penser que tous ces corps étaient
des être humains", une remarque fondamentale, car l'essentiel
du débat porte sur l'exibition de dépouilles quand des sculptures
de silicone auraient le même intérêt pédagogique
!
Réaction
des visiteurs

- "L'exposition
montre plein d'enfants et de malformations infantiles, mais pas une
seule fois elle n'explique comment un enfant est conçu (acte sexuel)!
Comment faire ici l'éducation sexuelle de son enfant?" M. E., 2001
- "Depuis
des siècles, on va voir des animaux au zoo, mais on devrait trouver
abominable de porter un regard sur soi-même?" Anonyme, 2001
- "Une
fois de plus fascinée à nouveau, et même ébranlée dans le sens positif
du terme, par la perfection et la complexité de la constitution de notre
corps, j'ai éprouvé un sentiment très étrange, amical, pour tous les
autres visiteurs et visiteuses de l'exposition qui étaient dans la salle
avec moi. Il me semblait que nous nous connaissions tous, les uns les
autres, dans nos moindres secrets. Cela m'amusait, je ne pouvais pas
m'empêcher de sourire tout le temps en voyant se côtoyer ces corps
vivants,
habillés, d'un côté, et, de l'autre, ces corps muets, plastinés. C'est
incroyable comme des personnes qui sont en fait étrangères les unes
aux autres peuvent soudainement devenir si proches." Ursula, 1999
- "Avant
l'exposition, on pouvait lire partout une multitude d'articles faisant
état d'une "exposition controversée". Le résultat après la visite: "L'enrichissement
des connaissances en l'espace de quelques heures est énorme et l'influence
sur l'attitude physique et psychique de l'être humain face à lui-même
ne saurait être suffisamment évaluée". Un véritable enrichissement!"
Günter Wolter, 2001
- "Parler
de mépris de la vie humaine ne suffit même pas à exprimer la réalité
de cette exposition, qui a largement franchi les limites de la perversion
et est absolument inacceptable sur le plan éthique! Pourquoi une chose
pareille n'est-elle pas répréhensible aux yeux de la loi?" Christine,
2001

- "J'ai
maintenant vu l'exposition deux fois. Elle a profondément modifié mon
attitude face à mon propre corps, à la vie et à la mort. Je me perçois
différemment, plus intensément, et sais mieux apprécier la vie. Cette
exposition transforme; ne serait-ce que pour cela, elle est importante."
O. Schreiner, 2000
- "Tout
mon respect pour avoir eu le courage de mettre sur pied un tel projet
dans notre Allemagne si pudique, et de le mener à bien avec un succès
si remarquable. Cela m'a profondément impressionné. Mais je peux aussi
comprendre que l'on ait une opinion négative à ce sujet; il faudra encore
sensibiliser davantage l'opinion publique, mais votre travail est un
début remarquable. Bonne continuation." C. Lampe, 2001
Réaction
des médias
- "Il
règne un silence évoquant la célébration d'un culte. (...) Pas de rires
étouffés, pas de ricanements, pas de cynisme (...)." Die Welt, 12.2.2001
- "Il
y a bien longtemps que l'information n'avait pas revêtu une apparence
aussi sordide." Berliner Zeitung, 5.2.2001
- "Jamais
une exposition artistique n'a réussi à attirer de telles masses. (...)
A Berlin, ce sont quelque 7.000 visiteurs qui affluent chaque jour pour
voir l'exposition. Tandis qu'ils attendent patiemment de pouvoir entrer,
ils forment une file humaine que l'on peut interpréter comme une allégorie
du rapport perturbé de l'être humain à lui-même, qui avance lentement,
pas à pas, vers une catastrophe. (...) Le plus inquiétant dans les masses
qui affluent à l'exposition KÖRPERWELTEN est la promesse messianique
de salut avec laquelle ils croient rentrer chez eux. Après avoir vu
l'exposition, un visiteur sur cinq prétend trouver intéressant d'être
soi-même ainsi conservé. La plastination (...) est en passe de devenir
une industrie. (...) Si tant d'hommes et de femmes peuvent se délecter
de ce "monde des corps", ce n'est que parce qu'il est inodore, un peu
comme une bombe désamorcée. Ces cadavres de plastique se donnent en
spectacle dans un Disneyland de l'immortalité." Frankfurter Rundschau,
28.2.2001
"
Le temps est apparemment venu d'oser à nouveau davantage de démocratie."
Lausitzer Rundschau, 17.2.2001
- "On
ne saurait adhérer aux reproches émis sur la portée de l'exposition
"KÖRPERWELTEN", qui ne s'écarte jamais de la problématique fondamentale.
En déambulant parmi les morts plastinés, aussi uniques qu'authentiques,
de Gunther von Hagens, on n'éprouve aucunement le sentiment révulsant
de détrousser des cadavres, comme c'est le cas au vu de certaines collections
médicales au formol, mais plutôt de s'adonner à une promenade nostalgique,
durant laquelle nous nous rapprochons de la fragilité, mais aussi de
l'éclat vital de notre existence terrestre de la manière la plus étrangère
et en même temps la plus familière qui soit: en nous contemplant nous-mêmes."
Süddeutsche Zeitung, 24.1.2000
- "Quelques
jours à peine après son ouverture, la Berlinale, le festival berlinois
du cinéma, se faisait déjà voler la vedette, du moins à Berlin même:
Alors que l'exposition à grand succès "KÖRPERWELTEN", aussi réussie
que controversée, ouvrait ses portes, (...) l'intérêt des habitants
de la capitale s'est détourné des stars pour se pencher sur une toute
autre question: l'exhibition d'un cerveau humain, est-elle compatible
avec la dignité humaine?" Badische Neueste Nachrichten, 13.2.2001
-
"Les
visiteurs sont tout simplement animés par la volonté de découvrir
l'être humain "de l'intérieur" en voyant des préparations authentiques.
C'est à ce souhait que répondent les corps entiers plastinés; ils
sont crédibles. (...) Dans une société éclairée, le profane a, lui
aussi, le droit de demander à quoi ressemble un être humain "de l'intérieur".
Si la préparation de cadavres est autorisée dans le cadre de la formation
d'étudiants en médecine (sur ce point, il y a consensus), l'exposition
de cadavres préparés aux fins d'instruire un public étranger au monde
médical ne peut être inacceptable. L'information du grand public ne
saurait, dans une société moderne, revêtir une moindre valeur sur
le plan éthique que la formation des médecins." Deutsches Ärzteblatt,
3.3.2000
 
- "Cette
exposition ne nous offre pas seulement une découverte intéressante de
l'anatomie de l'être humain, qui reste généralement réservée aux médecins
et étudiants en médecine. Elle nous montre également le miracle de la
vie par une approche des plus impressionnantes. Nous y voyons avec quelle
perfection le corps humain a été créé, une perfection que n'atteindra
jamais aucune construction technique." Die Kirche; Berlin-Brandenburgisches
Sonntagsblatt, 4.3.2001
"Il
serait assurément trop simpliste que de tenter de s'expliquer l'extraordinaire
succès de cette exposition en recourant à des notions comme voyeurisme,
ou encore plaisir de l'épouvante et de l'horreur. Ce serait une aussi
piètre explication que l'argument, avancé par l'Eglise, d'un contemporain
blasphématoire qui chercherait visiblement à supplanter le créateur.
Cette exposition a une toute autre portée. Elle ne cherche pas à singer
le miracle de la création humaine, mais bel et bien à le montrer comme
un miracle. Elle ne cherche pas à remodeler des cadavres pour en faire
des œuvres d'art, mais plutôt à montrer combien le corps humain est
une œuvre d'art unique, inimitable. Il ne s'agit pas d'orchestrer un
jeu impie avec des disparus, mais de combler des lacunes en transmettant
des connaissances. Au lieu de l'horreur et de la crainte, il faut y
voir l'information et le respect." Schwäbische Zeitung, 27.2.1998

- "L'exposition
temporaire la plus réussie de tous les temps." Financial Times Deutschland,
19.2.2001
- "(...)
des cadavres au silicone, dépourvus d'expression, découpés et figés
dans des poses, ne laissent place à aucune interprétation; von Hagens
a beau imiter Beuys en s'affublant d'un chapeau qui ne le quitte jamais,
il n'a absolument rien d'un artiste. Alors, ce professeur qui a choisi
de s'établir à Heidelberg prétend obstinément faire œuvre d'information.
Et ça marche: Environ 90% des visiteurs de KÖRPERWELTEN affirment venir
"par intérêt pour le corps". Le public est essentiellement fait d'hommes
et de femmes qui déclarent vouloir s'instruire. Pourtant, les psychologues
y voient clair: Les visiteurs viennent pour le plaisir de l'épouvante
face à de vrais cadavres, pas un train fantôme, pas un film d'horreur
ne fait le poids. D'où ce vif intérêt, dont la nature n'est autre que
triviale. Un étonnement naïf l'emporte sur une véritable acquisition
de connaissances. Cependant, ni les visiteurs, ni les organisateurs
ne veulent l'avouer. Les premiers se laissent piéger par le marketing;
les derniers exploitent les signes de notre temps: sans se prévaloir
d'une dimension culturelle, pas question d'être considéré comme facteur
culturel et de bénéficier de subventions. Seules quelques voix s'élèvent
pour dénoncer l'hypocrisie. Depuis des années, celui qui se prend pour
un génie caresse en outre le projet de créer ce qu'il appelle un "Musée
Humain". Sauf que, en fait d'authenticité, ses cobayes sont massacrés
pour être mis en scène: Les milieux spécialisés flairent la charlatanerie.
Préparateur, plastinateur, plagiaire, manipulateur von Hagens se veut
plutôt un esprit éclairé." Neues Deutschland, 15.2.2001
"Même
sans les installations bizarres qui trahissent le rapport dérangé de
von Hagens à l'être humain mort, ses objets présenteraient un attrait
esthétique. Alors que les "infiltrats spinaux d'une lymphogranulomatose
avec compression de la moelle cervicale" présentés au Musée d'Histoire
de la Médecine - en clair: une paraplégie - ne sont guère évocateurs
pour le grand public, même intéressé, parce qu'on ne voit rien de plus
que des brins torsadés de couleur vive, le système nerveux de l'être
humain reproduit sous une forme "dégagée" grâce à un procédé de moulage,
ou la démonstration des voies nerveuses sur le joueur d'échec ne sont
pas seulement instructifs, c'est aussi beau." Financial Times Deutschland,
16.3.2001
- "KÖRPERWELTEN
vénère le corps, mais en le présentant comme une machine morte, comme
une machine corporelle que l'on peut explorer sous la peau, tout comme
on regarde sous le capot d'une douze cylindres à un salon automobile.
A une époque où la grandeur métaphysique de la foi fait défaut, le corps
apparaît comme la dernière certitude attestant que nous sommes en vie."
Zitty 4/2001
- "Chapeau
noir, chemise blanche, gilet en cuir noir. Il parle en détachant chaque
mot, tient ses mains sévèrement croisées comme pour la prière ou bien
est-ce là l'unique moyen de les empêcher de se livrer à une activité
incessante? (...) Il y aura encore beaucoup à dire au sujet de cette
exposition. Mais une chose est claire dès à présent une adhésion naïve
et simpliste est tout aussi suspecte qu'un rejet obstiné." Der Tagesspiegel,
4.2.2001
Que
vous soyez pour ou contre la plastination... l'exposition mérite
un coup d'oeil !
une chose est sûr, vous n'y serez pas indifférent et n'en
sortirez pas indemne...
Le
sujet a visiblement inspiré les Allemands, puisqu'ils ont produit
un film qui aborde brillament le sujet : "Anatomie" de Stefan
Ruzowitzky
avec : Franka Potente, Benno Fürmann, Anna Loos, Holger Speckhann,
Sebastian Blomberg
 
Gunther
Von Hagens n'a pas finit de faire parler de lui, en novembre 2002 il annonce
l'organisation d'une autopsie publique. Au programme découpe de
cadavre en direct live à Londre!
Les réactions polémiques ne tardent pas...
Il
est aussi mis en accusation et doit fournir les papiers d'authentification
de toutes les dépouilles aux autorités sous peine de sanction
judiciaire.
Il serait soupçonné de traffic de cadavre... une affaire
à suivre!
Prochaines
expositions :
http://www.bodyworlds.com/en/exhibitions/current_exhibitions.html
Dossier
artezia ©
M.M.
|